Bambule

Générique bruyant façon « jeune cool » qui nous empreint de méfiance dès que le son électrique exaspérant se déclenche sur fond graphique représentant une grosse bouche et un minois fort connu des Berlinois…

20071014SarahKuttner

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Bambule (prononcer « bameboulleu ») est un magazine télévisé. Plaît-il ? Oui, un Großstadtmagazin, un magazine de la métropole. Il traite des sujets actuels sur un ton détaché et personnellement incarné par la présentatrice la plus subjective sur le marché : Sarah Kuttner. Le simple trailer (tourné dans la station de Schlesisches Tor à Kreuzberg) illustre la panoplie humaine de notre génération :

… une étudiante en 2ème semestre, moyenne du Abitur 1,1 (« Mince,  je suis de nouveau en retard… Roh, j’aurais dû étudier la médecine… Pff, peu importe, je ne trouverai de toutes façons pas de travail »)…

… un partyboy grisonnant qui vient de faire la fête 10h de suite (« petit déjeuner… mais pourquoi tout le monde se marie, tout d’un coup ? Peut-être que j’aurais aussi besoin d’un femme… ach, j’ai avant tout besoin de mon lit)…

… une jeune mère, graphiste à la recherche d’emploi (« et personne pour m’aider à monter la poussette ?! Mais bon sang, il faut qu’elle soit grosse comment… »)

… un professionnel de la pub, jeune-cadre-dynamique-phénix dans son domaine…

… le manager d’un groupe indie, salaire mensuel moyen : 403€ ; passe la nuit avec 3 femmes en moyenne par semaine…

… une blogueuse, dont le bilan des 2 dernières années donne – relations: 6 – jobs: 8 (« j’arrive pas à savoir ce qu’il pense. je crois que je suis amoureuse. Encore une fois »)…

… une fonctionnaire des forces de l’ordre, 2 enfants, heureuse en mariage…

… un homo intérim dans le bar d’un club…

… une apprentie auprès d’une chaîne télé, qui s’engage socialement chez Attac…

… un gamer à ses heures, employé d’un hall à boissons, dont l’avatar WoW est Odin Skull Slayer…

… une assistante dans un chenil, ancienne membre du NDP (parti de l’extrême droite), convertie au judaïsme par amour…

Toutes les semaines à 21h45 sur ZDFneo, la génération (néo-)Neon est représentée dans toute sa splendeur autour d’une question existentielle. « Beaucoup de choses ne tournent pas rond. Mais par où commencer ? Les pussy riot ou le nucléaire ? Surtout que, au fond, tout va plutôt bien dans ma vie… » Bambule : une attaque à l’indifférence, mais sans ton moralisateur. L’émission ne promet d’emblée aucune solution. Tout au plus, elle nous inspirera à avancer par mini pas, au lieu d’être submergé par notre impuissance. Selon la protagoniste, il n’est donc point question de détente ; elle incarne cette petite voix tout au fond de notre subconscient angoissé, qui vient titiller les points clés gravitant autour de la question fondamentale : comment doit-on vivre ? Amour, résistance, coolitude ou végétalisme… Tous les thèmes sont remis au goût du jour et discutés avec les invités de la semaine : écrivains, musiciens, hommes des médias, Zufallsporträt (portrait-hasard)… Si les interviews sentent un peu plus le copinage de son univers médiatique qu’une réelle rencontre pertinente au sujet, l’on n’en retire pas moins des éléments de réponse qui s’accumuleront à notre réflexion…

Il y a toujours un moment où Sarah passe – littéralement – la main à Johanna Maria Knothe, qui s’en va politiser l’interrogation. Johanna Maria accoste chefs de partis et autres députés dans les bâtiments même du Bundestag et du Reichstag, les dérangeant avec des questionnements à première vue naïfs et simplistes, mais qui recèlent le fondement des problèmes. Selon elle, Sarah est le « centre émotionnel » de l’émission. Celle-ci a été renouvelée pour 10 épisodes : Sarah Kuttner semble connaître enfin le succès pour sa première émission non éponyme. Sa marque de fabrique ? Elle plaît autant qu’elle énerve. Si ses show télés étaient de réels divertissements, la fille aux 300 mots à la minute adverbialise des irrsinnig à toutes les sauces, des gros mots, et ne se prive jamais de faire part de son avis – qui, lorsqu’il s’agit de s’ouvrir sur son envie de procréer, est réellement intime – ou de son expérience personnelle. Facilement risible, donc, mais c’est aussi pour ça qu’on l’aime. Et puis , elle est un peu comme nous, même si nous ne comptons pas Mieze Katz (MIA. anyone?) ni Nora Tschirner (Keinohrhasen, anyone?) dans notre cercle d’amis. Grâce à sa spontanéité et son innocente impulsivité sur les plateaux télé, la Berliner Schnauze (grande gueule) de 33 ans, également auteure de 2 romans et de 2 recueils d’articles publiés dans le Süddeutsche Zeitung, a fait ses preuves en tant que business woman médiatique.

Et puis, l’émission, surtout, et avant tout, c’est du Berlin, Berlin Berlin, überall. Était-ce nécessaire de le préciser ?

Oh Boy

Vu vendredi : un film qui entre d’emblée dans mon top 10.

Oh Boy, ce sont 24 h de la vie de Niko : désoeuvré moderne à la fin de la vingtaine errant dans une ville qui regorge de rencontres prégnantes, à la recherche de lui-même, et de café.

 

Dialogue entre Niko et son père :

– Et pour le truc avec la banque…

– J’ai fait la connaissance de ton professeur Kollath la semaine dernière… Il m’a dit que ça faisait deux ans que tu avais abandonné tes études. Bon sang, mais qu’est-ce que t’as fabriqué pendant deux ans ?

– J’ai réfléchi.

– Et à quoi, si je peux savoir ?

– À moi. À toi. À tout.

– Je vais te donner un conseil : va chez le coiffeur, achète-toi un paire de pompes convenables et trouve-toi du travail, comme tout le monde.

Plus tard, à Julika :

Tu connais ce sentiment, quand on a l’impression que tout le monde autour de soi est cinglé, mais plus tu y réfléchis, plus tu te rends compte que ce sont peut-être pas les autres, mais toi, qui as un problème ?

Pourquoi on aime :

– car Niko, ce loser gâté et submergé par lui-même et ses « problèmes de luxe », c’est un peu nous ;

– car on ne se lassera jamais du potentiel photographique de Berlin (et d’autant plus en noir et blanc), et qu’il n’y a pas un seul plan qui me file la chaire de poule pour tous les souvenirs – et le quotidien – qu’il évoque (Eberswalder Strasse, le Tacheless, Schönleinstrasse, Mauerpark, Görlitzer Park, Schlesisches Tor, Sankt Oberholz, Rosenthaler Platz…) ;

– pour la parfaite synergie entre Tom Schilling et l’esthétique du film.

Tempelhof #4

Il est des lieux qui nous obsèdent, qui se logent sous l’épiderme… Quatrième billet que j’écris sur le parc de l’ancien aéroport de Tempelhof… J’ai déménagé en mars et m’en suis davantage rapprochée ; il concourt désormais plus que jamais avec mes humeurs quotidiennes. L’ivresse qu’offrent ces milliers de mètres carrés d’étendue est indicible. L’espace évolue très lentement, mais sûrement, et l’imminence de sa transformation certaine par les autorités stimule l’envie d’en profiter un maximum. Je pensais qu’il ne pouvait plus me surprendre ; grossière erreur. Un jour que je revenais en trottinant sur la piste de décollage (c’est-à-dire lorsque je n’effectuais encore qu’un demi-tour), en plein milieu de la plaine, je sentis une odeur de gaufre de Liège, comme à la station Montgomery. La nostalgie belge ne pouvant tout de même pas m’atteindre jusque-là (ou nous saisit justement dans ce genre de petites choses ?), il s’avère que le fabricant de biscuits BAHLSEN a son usine juste à la lisière du parc. Les jours au vent favorable, jogger devient un supplice. Et, pour rester dans le mal du pays, lundi dernier, lors de mon exploit sportif, que ne vois-je pas à louer au fin bout de la piste ? DES CUISTAX. Tempelhof parvient donc même à voler la vedette aux digues de la côte belge.

Il faut dire que, tous les soirs d’été en rentrant chez moi, j’avais bien le sentiment de voir la mer, au bout de ma rue.

Allez, une dernière (?) série traversant années et saisons, avec tous les clichés qui m’ont échappés. NB : je ne suis PAS photographe, je vous aurai prévenus.

Au printemps (mai 2010) :

En juillet (2012) :

En août (2011) :

En septembre (2010) :

Berlin Festival (2011) :

En octobre (2011) :

En novembre (2012) :


Bekannten von Bekannten

Magazines, blogs et autres tendances nous incitent à nous lover dans un quotidien tout droit sorti d’Instagram : couleurs pastels dans l’appartement, mets appétissants, bio et riches en couleur, silhouette cependant longifine drapée dans de la dentelle, MacBook qui joue Mad Men ou lance Bon Iver sur Spotify, feuillages roux d’automne, forme d’arbre dans la mousse du café au lait… Ce monde quelque peu aseptisé et re-naturalisé résonne en nous comme havre de paix face au chaos journalier, au foutoir qui règne chez nous et en nous. On aimerait tous vivre dans un Frankie magazine ou un Kinfolk, faire converger notre mode de vie vers une douceur ruro-citadine, dans un environnement propice à l’oisiveté, la lecture, la créativité. Manque-t-on de vivre si l’on ne possède pas LA table haricot dénichée aux puces et si l’on ne parvient pas à prendre le temps de capturer ce moment de délectation de thé dans une tasse design, emmitonné dans d’élégantes chaussettes de laine et bercé par une chaude luminosité hivernale, à l’aide de son appareil photo lo-fi pour le partager avec sa communauté ?

Exactement comme vivent les vraies gens dans Freunden von Freunden (« amis d’amis »), par exemple. Le concept ? S’inviter dans l’intimité d’un foyer et d’un « atelier » (le bureau, c’est so 2000), à tous les endroits du globe dont le nom résonne comme une capitale-the-place-to-be. Berlin en fait partie, et en première ligne, selbstverständlich. Et, c’est bien connu, tous nos amis sont graphistes, fashion designer, écrivains ou artiste céramiste. Face à ce monde parfait exposant la simplicité du quotidien avec somptuosité, au cocon des individus arrangés jusqu’au moindre détail (les lunettes, les chaussettes, le pendentif en motif de renard et le petit cadre sur la table du téléphone vintage dans le hall d’entrée aux boiseries impeccables), des rétracteurs ont créé le penchant ironique – et désopilant – du site bobo : Bekannten von Bekannten (« connaissances de connaissances »). La sophistication du site réside dans sa faculté à reproduire avec génie les mêmes clichés, mais en laid, et dans le manque exceptionnel de peaufinement.

(Mais bon, soyons sérieux, l’automne, c’était quand même vachement beau.)

(ma deuxième maison)

(@ A. Horn, le long du canal)

Gute Tipps – gute Seiten

Je voulais juste faire part d’un site berlinois pour Berlinois dont j’ai vu la popularité des likes augmenter parmi mes amis ces derniers mois : Mit Vergnügen (« avec plaisir ! »). Le principe est simple : un bon plan par jour. C’est le site idéal pour les indécis comme moi, dans la jungle des choses et endroits plus attirants les uns que les autres, et pour les soirs où, justement, il nous arrive d’avoir la bougeotte alors qu’on n’a rien à faire ni personne à voir. Mit Vergnügen décide pour vous. Le style d’activités varie tous les jours mais les événements se retrouvent sous deux dénominateurs communs : vous ne serez pas déçus, et c’est vraiment du cru.

Et pour vous prouver que les Allemands, oui, ont de l’humour (eux aussi), allez voir Dinge mit Gesicht (« Des choses avec un visage ») : photos d’humanoïdes décelés dans tous les objets du quotidien envoyés par les prosumers. Je ne m’attendais pas à tant de mignonnerie chez mes compatriotes d’adoption.

Ensuite, Schöne Texte (« Beaux textes ») mêle petite philosophie, littérature de rue, et humour des passants ou « petites annonces à emporter » et des commerçants. Par exemple : Devant un étalage à bijoux « les voleurs n’ont pas droit à un sac » ou, pour les nombreux qui travaillent dans la com’, « Une agence sans café, ça s’appelle un bureau ». Le comble : « Veuillez ne pas instagrammer la nourriture dans ce restaurant », et mon préféré : « Some people get confused when a sentence doesn’t end as they potato. »

De quoi sourire au moins une fois la journée.

Et enfin, pour ma note personnelle, du shampoing à la bière :

Les Français à Berlin

Dernièrement, je suis tombée sur pas mal d’articles et de reportages sur les Français à Berlin. Entre autres, cette émission sur Arte stipule que les artistes parisiens se relocalisent ici, ou encore, cet article  peu élogieux relate leur dure intégration dans la capitale allemande ; il est, selon moi, complètement réducteur (je ne me reconnais aucunement dans le portrait dressé par le journaliste).

Les Français à Berlin ne sont pas particulièrement bien ni mal accueillis ; l’accent opère son charme dans toutes les langues, les Berlinois sont habitués aux étrangers (sans pour autant qu’ils les aient dans leur coeur – article sur cette polémique « anti-touriste » suivra) et les Français ne sont pas les plus bruyants, ni les plus « touri » (à Berlin, tous les diminutifs terminent en -i). Si j’en ai connu qui sont venus ici attirés par la coolitude – et par un niveau de vie bien plus abordable que New York ou Londres – uniquement pour profiter, déconn(ect)er, vivre en touchant les Assédics, ils n’ont pas fait long feu. Ne pas même faire l’effort d’apprendre la langue de Goethe ne permet manifestement pas d’aller très loin. J’ai d’ailleurs toujours été un peu réticente à fréquenter mes frères linguistiques, préférant m’intégrer directement chez les Kreuzbergois, mais depuis que j’ai rencontré la communauté de Berlin Poche – qui englobe la francophonie dans son intégralité – ma vision a radicalement changé. Les Français que je côtoie vivent et aiment Berlin depuis des années, parlent un allemand parfaitement convenable et s’investissent corps et âme dans leur travail et la vi(ll)e berlinoise. Leur quotidien est souvent culturel, forcément multikulti et ils jouissent autant de leur liberté qu’ils assument leurs responsabilités.

Pour illustrer la plaisanterie qu’offre souvent une double culture, voici un blog hilarant, qui combine les DEUX points vue avec une grossière finesse – l’humour n’est pas évident pour ceux qui n’ont pas vécu dans les deux camps : Fuck yeah I live in Berlin.

Je sais pertinemment qu’il existe de nombreux autres blogs en français sur Berlin (sans même mentionner les dizaines – centaines ? – d’autres en anglais), voici une petite liste non exhaustive des noms les plus sympas/insolites :

Bière, Berlin et rock ‘n’ roll

Choses et d’autres

Histoires véritables

Ma vie à l’Est

… une question reste en suspens: quid des Belges à Berlin ? Je n’en connais pas un seul. Ni Wallon, ni Flamand. Je connais un Bruxellois, qui est mi-Français. Voilà le sujet d’un prochain billet ?